(EXTRAIT du FELFEL n° 3 - JANVIER 2000)

Le DEVOIR de MEMOIRE

La montée en puissance de la participation pour le "Souvenir" des Associations au sein du Collectif Aixois des Français d'Outre-Mer, est une réalité qu'on ne peut nier.
Les nombreuses manifestations qui se sont produites dans la maison Maréchal Alphonse Juin sont là pour le prouver.
Tout ce qui a été fait au cours des mois écoulés, démontre bien que chacun tient à dire ce que nous sommes, d'où nous venons et ce que nous voulons.
En laissant parler "ce passé" avec toute l'éloquence que nous lui devons, apparait sans détour, ni complaisance.... La Vérité ...

Elle nous tient à coeur. Nous ne voulons pas de cette "histoire officielle" qui cache la vérité du massacre du 20 Août 1955 dans le Constantinois, du 26 Mars 1962 à Alger et du 3 et 5 Juillet 1962 à Oran, l'abandon et le massacre des Harkis, ainsi que tant d'autres attentats meurtriers.
Nous comprenons bien que tout celà provoque un malaise.
Un pays fort ne doit pas craindre les évènements ou les erreurs qui font son histoire.
Chaque association doit réunir tous les éléments propres à révéler à la France d'abord et au monde qui nous entoure, ce qui s'est réellement et malheureusement produit sur des terres, à l'époque, françaises.
Tant pis pour ceux que cette vérité pourrait géner.
Contrairement à ce que pensent certains détracteurs, nous avons un passé remarquable, fait de courage, de travail, de sacrifices, d'humanisme et de patriotisme.
Comme tant d'autres mémoires occupant une place à part entière, la nôtre ne doit pas être mise à part.
Nous devons tous, je dis bien tous, au cours de l'An 2000, agir en ce sens.

Plus qu'une mission.... c'est un devoir !

Le Devoir de MEMOIRE.
René Andres Président du Collectif




MEMOIRE toujours.....

24 JANVIER 1960 .....


LES BARRICADES


Il y a 40 ans .................Dimanche 24 JANVIER

24 Janvier 1960 ...24 Janvier 2000

La dernière année de ce millénaire va commencer pour les Pieds Noirs par un souvenir de deuil. Souvenir des morts et des blessés des barricades d'Alger. Pour nous souvenir, pour faire connaître aux plus jeunes ou simplement à ceux qui ignorent notre histoire, reprenons la chronologie de ces journées.

Le Général Massu, idole des Algérois, le vainqueur de la Bataille d'Alger, a été relevé de son commandement et remplacé par le Général Crépin.Pour répondre à cette action et profiter de la présence à Alger de certains régiments parachutistes favorables à l'Algérie Française, pour renouveler le coup du 13 Mai, Ortiz,Lagaillarde et Suzini, décident d'une manifestation populaire pour le dimanche 24 Janvier :
2 cortèges se formeront: l'un à Belcourt, l'autre à Bab-el-Oued, pour converger vers le Forum.

Ils pensent que les militaires sur place (les 1er REP, 3° RCP et 3° RPIMA) laisseront passer la manifestation et se joindront à elle pour prendre d'assaut le Gouvernement Général.
Ortiz convoque les Unités Territoriales en armes, et Lagaillarde s'enferme dans les facultés.
A 22 heures le Général Challe, commandant en chef , tenu au courant de la réunion, déclare: "Je donnerai l'ordre de faire tirer, s'il le faut!"
Mais dans les heures qui suivront, aucun régiment, à part le 1er REP, ne soutiendra les manifestants, leurs colonels estimant ne pas avoir assez de garanties de réussite.
Les premiers manifestants au nombre d'environ 20 000 arrivent au Plateau des Glières vers 12 heures.

A 13 heures Challe convoque Ortiz. Il lui demande d'arrêter la manifestation et lui propose une sortie honorable en autorisant les discours mais en interdisant à la foule de dépasser l'Avenue Pasteur. Les gendarmes alors n'interviendraient pas.
Ortiz accepte. Il retourne à son P.C. de la rue Charles Péguy. A l'extérieur la foule a augmenté. Il y a maintenant 40 000 personnes dans la rue. Lagaillarde est rejoint dans les Facultés par ses troupes et organise un camp retranché; des armes lui sont amenées.
Une première barricade est érigée en haut de la rue Charles Péguy.

A 15 heures, la foule est de plus en plus dense et une 2° barricade est élevée. Ortiz la fait démonter en respect des accords passés avec Challe. En revanche les U.T. de choc de Jourdes, s'installent dans les immeubles du quartier et 2 F.M. sont mis en batterie pour protéger le P.C. d'Ortiz.
Des barricades sont reconstruites un peu partout dans le périmètre. 16 heures 50, le Colonel Debrosse qui commande les Gardes Mobiles et qui sera celui qui plus tard "interrogera" à la caserne des Tagarins les prisonniers et prisonnières de l'OAS dont Madame Salasc dans les conditions que l'on sait, reçoit l'ordre de dégager le Plateau des Glières.

Qui donne cet ordre ?....

Le Général Challe qui reconnaîtra avoir demandé au général Costes de séparer la foule au fortin Lagaillarde mais assurera à Ortiz qu'il n'a jamais ordonné la charge ?

Le Général Crépin qui vient de recevoir les pouvoirs de police à Alger ?

Le Général Costes, Général Pieds Noirs qui déclare:
" Je connais mes concitoyens, ils foutront le camp aux premiers coups de crosses ! "

De toute façon, personne plus tard ne voudra assumer les conséquences de l'ordre qui a été donné.


Le plan d'opération en revanche, est bien établi: les gendarmes chargeront alors que les paras descendront l'avenue Pasteur et la rue Charles Péguy pour refouler les manifestants.

18 heures, plusieurs barricades sont érigées. Les gardes mobiles sont au pied des escaliers du forum. Lagaillarde est retranché dans les Facs, les 2 régiments paras sont à 500 mètres de là mais ne reçoivent pas l'ordre d'avancer. Les commissaires de police auxquels Debrosse a demandé de faire les sommations d'usage, ont refusé et sont partis.

Les gendarmes chargent.

18 heures 12, deux coups de feu sont tirés.

Tous les témoins préciseront qu'ils l'ont été par des armes de petit calibre.

C'est le drame...

Les F.M. se mettent à tirer. La fusillade dure environ 15 minutes. Les paras du 1er R.E.P. arrivent à 18 heures 40, les tirs cessent, les légionnaires séparent les deux camps.

On relève 8 morts et 24 blessés chez les manifestants et 14 morts et 123 blessés chez les gardes mobiles.

Durant une semaine, malgré la pression maintenue par Challe, paras et insurgés fraternisent.

De Gaulle intervient à la radio.

Samedi 30 Janvier, le Général Crépin reçoit les pleins pouvoirs à Alger. Les régiments paras favorables aux hommes des barricades sont relevés. Les barrages sont renforcés autour du camp retranché.

Dimanche 31 Janvier, une messe interdite par Monseigneur Duval, est dite devant la barricade principale à laquelle on a donné le nom du premier mort de l'affrontement : Hernandez Pendant ce temps, des négociations pour la rédition sont menées entre autres par les colonels Dufour, commandant le 1° REP et Godard: les insurgés seront dans leur ensemble, affectés à un commando créé au sein du 1° REP. Seuls Ortiz et Lagaillarde seront poursuivis par la justice. Dans la nuit Ortiz s'enfuit et se réfugie en Espagne.

Lundi 1° février à onze heures 45, Lagaillarde, à la tête d'environ 200 hommes en uniformes et en armes, précédés du drapeau tricolore, sort du réduit. Les hommes du 1° REP, de la compagnie du capitaine Sergent, leur rendent les honneurs avec l'accord du Colonel Dufour et au grand dam des autorités.

Ces hommes vont rejoindre le commando Alcazar au 1° REP, sauf Lagaillarde qui est envoyé à la prison de la Santé et, malgré les engagements pris,bientôt rejoint par Sapin-Lignières, Arnoult, De Sérigny, Tabarot, puis Susini, Ronda et le Docteur Pérez que le 1° REP est obligé de livrer. Egalement le Député d'Alger Mourad Kaouah qui est incarcéré au milieu des détenus F.L.N. !!!.

De nombreux officiers dont les colonels Argoud, Godart, Broizat,Gardes sont sanctionnés

Les barricades ont été le premier affrontement armé entre De Gaulle et les Pieds Noirs et c'est sûrement cette semaine qui sera à l'origine, 15 mois plus tard du putsch du 22 Avril et ensuite de l'O.A.S.

Sources: Association pour la Mémoire de l'Empire Français

- Robert Saucourt-


Il y a 40 ans .................Dimanche 24 JANVIER

24 Janvier 1960 ...24 Janvier 2000

La dernière année de ce millénaire va commencer pour les Pieds Noirs par un souvenir de deuil. Souvenir des morts et des blessés des barricades d'Alger. Pour nous souvenir, pour faire connaître aux plus jeunes ou simplement à ceux qui ignorent notre histoire, reprenons la chronologie de ces journées.

Le Général Massu, idole des Algérois, le vainqueur de la Bataille d'Alger, a été relevé de son commandement et remplacé par le Général Crépin.Pour répondre à cette action et profiter de la présence à Alger de certains régiments parachutistes favorables à l'Algérie Française, pour renouveler le coup du 13 Mai, Ortiz,Lagaillarde et Suzini, décident d'une manifestation populaire pour le dimanche 24 Janvier :
2 cortèges se formeront: l'un à Belcourt, l'autre à Bab-el-Oued, pour converger vers le Forum.

Ils pensent que les militaires sur place (les 1er REP, 3° RCP et 3° RPIMA) laisseront passer la manifestation et se joindront à elle pour prendre d'assaut le Gouvernement Général.
Ortiz convoque les Unités Territoriales en armes, et Lagaillarde s'enferme dans les facultés.
A 22 heures le Général Challe, commandant en chef , tenu au courant de la réunion, déclare: "Je donnerai l'ordre de faire tirer, s'il le faut!"
Mais dans les heures qui suivront, aucun régiment, à part le 1er REP, ne soutiendra les manifestants, leurs colonels estimant ne pas avoir assez de garanties de réussite.
Les premiers manifestants au nombre d'environ 20 000 arrivent au Plateau des Glières vers 12 heures.

A 13 heures Challe convoque Ortiz. Il lui demande d'arrêter la manifestation et lui propose une sortie honorable en autorisant les discours mais en interdisant à la foule de dépasser l'Avenue Pasteur. Les gendarmes alors n'interviendraient pas.
Ortiz accepte. Il retourne à son P.C. de la rue Charles Péguy. A l'extérieur la foule a augmenté. Il y a maintenant 40 000 personnes dans la rue. Lagaillarde est rejoint dans les Facultés par ses troupes et organise un camp retranché; des armes lui sont amenées.
Une première barricade est érigée en haut de la rue Charles Péguy.

A 15 heures, la foule est de plus en plus dense et une 2° barricade est élevée. Ortiz la fait démonter en respect des accords passés avec Challe. En revanche les U.T. de choc de Jourdes, s'installent dans les immeubles du quartier et 2 F.M. sont mis en batterie pour protéger le P.C. d'Ortiz.
Des barricades sont reconstruites un peu partout dans le périmètre. 16 heures 50, le Colonel Debrosse qui commande les Gardes Mobiles et qui sera celui qui plus tard "interrogera" à la caserne des Tagarins les prisonniers et prisonnières de l'OAS dont Madame Salasc dans les conditions que l'on sait, reçoit l'ordre de dégager le Plateau des Glières.

Qui donne cet ordre ?....

Le Général Challe qui reconnaîtra avoir demandé au général Costes de séparer la foule au fortin Lagaillarde mais assurera à Ortiz qu'il n'a jamais ordonné la charge ?

Le Général Crépin qui vient de recevoir les pouvoirs de police à Alger ?

Le Général Costes, Général Pieds Noirs qui déclare:
" Je connais mes concitoyens, ils foutront le camp aux premiers coups de crosses ! "

De toute façon, personne plus tard ne voudra assumer les conséquences de l'ordre qui a été donné.


Le plan d'opération en revanche, est bien établi: les gendarmes chargeront alors que les paras descendront l'avenue Pasteur et la rue Charles Péguy pour refouler les manifestants.

18 heures, plusieurs barricades sont érigées. Les gardes mobiles sont au pied des escaliers du forum. Lagaillarde est retranché dans les Facs, les 2 régiments paras sont à 500 mètres de là mais ne reçoivent pas l'ordre d'avancer. Les commissaires de police auxquels Debrosse a demandé de faire les sommations d'usage, ont refusé et sont partis.

Les gendarmes chargent.

18 heures 12, deux coups de feu sont tirés.

Tous les témoins préciseront qu'ils l'ont été par des armes de petit calibre.

C'est le drame...

Les F.M. se mettent à tirer. La fusillade dure environ 15 minutes. Les paras du 1er R.E.P. arrivent à 18 heures 40, les tirs cessent, les légionnaires séparent les deux camps.

On relève 8 morts et 24 blessés chez les manifestants et 14 morts et 123 blessés chez les gardes mobiles.

Durant une semaine, malgré la pression maintenue par Challe, paras et insurgés fraternisent.

De Gaulle intervient à la radio.

Samedi 30 Janvier, le Général Crépin reçoit les pleins pouvoirs à Alger. Les régiments paras favorables aux hommes des barricades sont relevés. Les barrages sont renforcés autour du camp retranché.

Dimanche 31 Janvier, une messe interdite par Monseigneur Duval, est dite devant la barricade principale à laquelle on a donné le nom du premier mort de l'affrontement : Hernandez Pendant ce temps, des négociations pour la rédition sont menées entre autres par les colonels Dufour, commandant le 1° REP et Godard: les insurgés seront dans leur ensemble, affectés à un commando créé au sein du 1° REP. Seuls Ortiz et Lagaillarde seront poursuivis par la justice. Dans la nuit Ortiz s'enfuit et se réfugie en Espagne.

Lundi 1° février à onze heures 45, Lagaillarde, à la tête d'environ 200 hommes en uniformes et en armes, précédés du drapeau tricolore, sort du réduit. Les hommes du 1° REP, de la compagnie du capitaine Sergent, leur rendent les honneurs avec l'accord du Colonel Dufour et au grand dam des autorités.

Ces hommes vont rejoindre le commando Alcazar au 1° REP, sauf Lagaillarde qui est envoyé à la prison de la Santé et, malgré les engagements pris,bientôt rejoint par Sapin-Lignières, Arnoult, De Sérigny, Tabarot, puis Susini, Ronda et le Docteur Pérez que le 1° REP est obligé de livrer. Egalement le Député d'Alger Mourad Kaouah qui est incarcéré au milieu des détenus F.L.N. !!!.

De nombreux officiers dont les colonels Argoud, Godart, Broizat,Gardes sont sanctionnés

Les barricades ont été le premier affrontement armé entre De Gaulle et les Pieds Noirs et c'est sûrement cette semaine qui sera à l'origine, 15 mois plus tard du putsch du 22 Avril et ensuite de l'O.A.S.

Sources: Association pour la Mémoire de l'Empire Français

- Robert Saucourt-

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